+ Effet de groupe, quand le collectif agit sur la pratique individuelle
Pendant plusieurs années, huit photographes ont travaillé ensemble. Ils ont confronté leurs perceptions, écouté leurs intentions, entendu leurs doutes et leurs hésitations respectives. Le groupe a agi comme un révélateur. Le regard des autres vient questionner, éclairer, permettant peu à peu à chacun de discerner ce qui lui appartient profondément.
Dans cet ouvrage, d’une photographie à l’autre, d’une parole à l’autre, chacun revient sur son propre chemin, mesure les déplacements accomplis, reconnaît ses récurrences, ses résistances et ses désirs, parfois des possibles qu’il n’avait pas identifiés. L’expérience commune ouvre pour chacun une voie profondément singulière.
Effet de groupe est le témoignage de cette expérience.
L’effet du groupe
Ce qui traverse cet ouvrage et me frappe avec le plus de force est l’ouverture. Celle de l’œil, assurément, mais plus encore celle de l’esprit.
Pratiquer la photographie, faire l’expérience d’une recherche personnelle, chercher comment peut s’exprimer un récit, trouver comment affirmer un regard exigent une immense disponibilité au monde, certes, mais d’abord à soi-même. Lorsqu’accueillir, se laisser surprendre, se laisser déstabiliser, accepter le déplacement d’une certitude, celui d’une perception, ne relèvent plus d’un effort mais d’une nécessité, alors un seuil est franchi. Et le lent mouvement vers l’affirmation de sa propre création s’amorce ; il est là, précieux.
Le groupe est un espace fécond. Étayé par la réflexion personnelle de chacun sur son propre travail, il est le tuteur de ce déplacement. Les images des uns et des autres dialoguent à travers les perceptions et les ressentis qu’elles produisent. Grâce à la parole qu’elles libèrent, le geste des uns éclaire celui des autres, même lorsqu’aucune proximité d’écriture, de genre ou de traitement ne les relie.
Le chemin à venir s’affirme par le discernement, par la capacité à reconnaître ce qui appartient à son propre périmètre de pensée et à ses intérêts profonds. La vérité d’un auteur s’entend dans ce qu’il sait affirmer, à partir d’influences dont il a su se nourrir tout en s’en affranchissant. C’est dans cette transformation que réside la reconnaissance de ce qui était déjà à l’œuvre.
L’effet de groupe opère dès lors qu’il mobilise l’énergie de chacun et la fait circuler. Chacun devient à la fois un relais de ce qui se partage et une matière essentielle à sa propre construction comme à celle des autres.
Le groupe est aux antipodes d’une écriture commune. Ici, il a accouché, pour chacun, de la reconnaissance de possibles et de l’ouverture de voies personnelles.
Fabiène Gay Jacob Vial