L’invitée de 9 Lives : cartes blanches à Severine Gay Degrendele directrice et commissaire d’exposition du Festival Impulse
J’ai été invitée par Ericka Weidmann du Magazine 9 Lives, pour signer 4 cartes blanches pour sa rubrique “L’invité.e de la semaine”.
Cet exercice à été pour moi l’occasion de déclencher une véritable friction de pensée, comme un incessant battement nécessaire à la réflexion autour de l’évolution de notre métier et du monde de la photographie. J'ai souhaité y explorer les fondations de ce qui nous anime ici, au Festival et au Lab Impulse : l’exigence du récit, la réalité du métier de photographe et la place cruciale de l’accompagnement.
De la nécessité de création à la pratique curatoriale
Dans le premier article, je reviens sur mon parcours. De mes racines lyonnaises baignées de culture à mes années de formation autodidacte sur le terrain. De ma propre pratique artistique, de celle-ci considérée comme un mode d’appréhension du réel. À ma pratique curatoriale qui aujourd’hui s’appuie sur la phénoménologie, je ne considère pas la photographie comme un objet figé, mais comme le point de départ d’une expérience vécue, rapportée, éprouvée. Mon rôle est de transformer la vision intime de l’artiste en un récit curatorial lisible et incarné où l'œuvre n’est plus seulement regardée, mais éprouvée.
“Être photographe, c’est prendre en compte chacun de ces points et prendre le temps de comprendre comment l’on est touché, ému, puis en faire le terreau de sa démarche ; en un mot, être en capacité de se distinguer par une voix, un point de vue et une vision personnelle.”
Finir en beauté, Sophie Calle aux Rencontres d’Arles. © Guillaume De Smedt
4 cartes blanches - Magazine 9 Lives
Pour ces 4 cartes blanches, je pourrais les résumer autour de trois piliers majeurs ayant portés ma réflexion : être, faire et accompagner.
J’y aborde des questions qui sont au centre des missions du Festival et du Lab Impulse :
Qu’est-ce que "faire photographe" ? En m'appuyant sur les mots de Roger Pailhas (galeriste marseillais), je défends l'idée que le talent s'apprivoise et se travaille. Être photographe aujourd'hui, c’est entretenir une relation viscérale et disciplinée avec sa propre vision. C'est aussi accepter le temps de réfléchir et bâtir son projet face au flux d'images jetables.
La construction du sujet et la monstration : comment passe-t-on de "son" sujet à un "bon" sujet ? Je parle ici de l'importance de la recherche (sociologie, poésie, archives, etc.) et de l'exercice nécessaire du renoncement qu'est l'editing. J’aborde également l'exposition qui devient alors un acte de langage, une mise en espace où le récit s'affranchit de son auteur pour rencontrer son public.
L'intérêt de l'accompagnement : c'est sans doute le cœur de mon engagement. Accompagner, ce n'est pas conforter des acquis, c'est offrir les outils d'une progression tangible. C'est une alchimie entre deux esprits où la pensée est mise au service de l'œuvre.
Filmstudie d'Hans Richter, 1926.
Se nourrir pour faire œuvre
Enfin, je conclus cette série par une invitation au ralentissement et à la curiosité. Faire œuvre est un acte d’endurance qui demande de "se nourrir" au sens propre comme au figuré.
“Faire œuvre est un acte d’endurance qui exige de la recherche, de la constance, de l’implication, et une écoute attentive de soi-même. La création est un jaillissement. Elle se conjugue dans l’addition de l’instinct, de l’émotion, de la subjectivité, se nourrit de la curiosité, de la connaissance et de la culture.
Produire c’est aussi savoir prendre le temps de ralentir, de se documenter, de se nourrir.”
Parce que ce travail de curation et d'accompagnement commence par la curiosité, j’ai souhaité partager quelques fragments de ce qui m’a nourrie, a déclenché des réflexions ou appuyé des propos. Sans pouvoir tout citer ni le définir comme une bibliothèque idéale, ces quelques ouvrages, dont la liste est en constante mutation et évidemment non exhaustive, sont autant de points d’appui qui ont résonné soit avec ma pratique curatoriale, dans mes accompagnements ou encore dans le seul but d’étayer ma pensée avec celles d’autres.
“Nous pourrions aussi établir un parallèle avec le métier de curateur qui vient de curare qui signifie étymologiquement “prendre soin”. Prendre soin de soi en tant que photographe est fondamental.”
Lire les cartes blanches
Je vous invite à découvrir l'intégralité de ces textes sur le site de 9 Lives :
Carte blanche à Severine Gay Degrendele : Qu’est-ce que ça veut dire être photographe ?
Carte blanche à Severine Gay Degrendele : La place, le rôle et l’intérêt de l’accompagnement
Bonne lecture,
Severine Gay Degrendele
Commissaire d'exposition & directrice du Festival Impulse // Accompagnements & co-directrice du Lab Impulse
About Lab Impulse
Faire émerger durablement des expressions photographiques Le Lab Impulse est un espace de réflexion, d’accompagnement et de transmission dédié aux photographes qui souhaitent structurer leur démarche, affirmer leur positionnement artistique et développer des projets cohérents et durables. Né d’une connaissance fine du terrain, de l’écoute attentive des besoins des photographes et de l’expérience de l’accompagnement, le Lab Impulse propose un cadre clair et exigeant pour penser son travail, comprendre les enjeux du secteur, consolider sa posture et avancer avec autonomie et méthode.
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