"Toute photographie possède une structure et une organisation qui lui est propre"
Photographie de Gaspard Claude
1. Lecture factuelle :
La photographie est une photographie en noir et blanc, en nuances de gris, de format rectangulaire horizontal. On voit une rue, vide de tout véhicule ou passant. De part et d’autre de la rue, deux trottoirs de surfaces différentes.
Le trottoir de gauche est plus large que le trottoir de droite.
Sur le trottoir de gauche : un chien de petite taille, il porte un manteau dont le col - large - laisse apparaître son poitrail et son encolure. Le chien est en mouvement, son corps est orienté vers la droite, les pattes arrière au sol, les pattes avant sont en l’air. Il saute en direction d’un personnage masculin.
Le personnage est de face, vêtu d’un pantalon et d’une blouse blanche à capuche tâchée, par-dessus un tee-shirt et une chemise où l’on distingue un fragment de logo. Il a les cheveux courts, ils sont gris, son visage est dégagé, son regard orienté vers la droite, il fixe quelque chose. Sur ses épaules, une carcasse d’animal de grande taille. Le personnage est positionné à côté d’une plaque d’égout dont on voit une toute petite partie de sa délimitation carrée et la plaque centrale.
À quelques pas, derrière lui, au bord du trottoir, une poubelle, son couvercle n’est pas fermé, il repose sur ce qui est dans la poubelle, dépassant la capacité du contenu un carton est posé au sol, contre la poubelle. Elle a une étiquette. Elle se situe à hauteur d’un passage piéton, à cet endroit le trottoir est pavé et en bateau. Il est délimité côté rue par une suite de neuf poteaux de hauteur moyenne équivalente à celle de la poubelle.
Au fond de l’image, deux lampadaires publics de bonne hauteur.
Tout à gauche de l’image, des stores, trois points lumineux sous un auvent.
Le trottoir de droite est visible à hauteur du personnage et uniquement derrière lui où l’on voit une façade d’immeuble avec son rez-de-chaussée. il y a une fenêtre opaque et une porte d’entrée dont on ne voit qu’une infime partie. Sur la gauche du personnage, devant la façade, les branches d’un arbre sans feuille. Derrière lui au sol, des détritus, blancs, de petite taille.
Au-delà de l’emplacement du personnage, le trottoir est une simple bordure en pierre qui épouse une succession d’immeubles de type haussmannien.
Des façades de boutiques occupent les rez-de-chaussée des autres immeubles. Sur le deuxième, deux d’entre elles ont une enseigne à la perpendiculaire du mur. Au niveau des étages, des fenêtres et au deuxième, des balcons. Toutes et tous ont des gardes-corps en fer.
Un panneau blanc de la taille d’une devanture se trouve entre les immeubles deux et trois ; il est perpendiculaire à la rue.
Le troisième immeuble présente une suite verticale de cinq fenêtres ; le volet de celle du 1er étage est clos, les autres ouverts, la dernière fenêtre est en façade, dans la toiture des combles. Elle n’a pas de volets.
Au-dessus du toit du troisième immeuble et des suivants, un ciel gris et nuageux.
2. Lecture de la dynamique de l’image :
Traçons une ligne imaginaire verticale à partir de l’extrémité de la patte arrière de l’animal, faisons la passer par l’enseigne perpendiculaire au mur puis allons en direction du premier poteau sur le trottoir de gauche. Ensuite poursuivons en traçant notre même ligne en parallèle d’un élément d’architecture en « spirales » en pierre sur le mur du deuxième immeuble à droite de l’image. De part et d’autre de cette ligne imaginaire deux balcons.
La surface à gauche de cette ligne imaginaire représente un tiers de l’image.
La surface à droite de cette ligne imaginaire représente deux tiers de l’image.
Regardons la surface de gauche :
La surface de gauche est occupée par le trottoir (masse principale grise claire), les stores et auvent (masses noires, en hauteur), les lignes verticales grises foncées (les poteaux), la masse grise foncé horizontale formée par le deuxième balcon, la masse blanche puis gris clair formée par l’enfilade de façades. Le rapport entre ces masses impose la masse principale du trottoir de gauche, vide.
L’inclinaison du corps du petit chien crée une oblique qui oriente le regard à l’opposé de la perpendiculaire et conduit à la surface occupée par les deux autres tiers de l’image à droite.
Regardons la surface de droite :
À droite : la verticale des fenêtres du troisième immeuble constitue une arête d’un triangle (1) formé par les lignes dessinées par la toiture de la suite d’immeuble (jusqu’au fond de l’image), et par le haut des poteaux qui se confond avec la bordure du trottoir droit. La pointe de ce triangle donne une direction à l’image. Elle se situe à la même hauteur dans l’image que l’angle formé par le coude et la hanche du personnage. Le rapport entre ces deux éléments (pointe du triangle (1) et angle) soutient la perspective formée par les parallèles constituées de la surface du trottoir de gauche, de sa bordure, de la rue, et de la bordure du trottoir de droite. Cette addition de lignes et de surfaces se rejoignent à hauteur du quatrième immeuble. Elle conduit le regard vers le fond de l’image.
La surface du ciel constitue deux autres triangles. Le premier (2) est dessiné par les toitures d’immeubles à droite sur l’image, le haut du cadre de l’image et le côté droit du rectangle gris foncé formé par le premier store. Le deuxième triangle (3) est formé par la suite des toitures d’ immeubles à droite sur l’image, la ligne horizontale du rectangle gris foncé formé par le premier store et l’enfilade des façades.
Chacun de ces deux triangles forme une masse blanche dont la pointe est orientée vers le bas de l’image.
Les trois triangles présents sur l’image sont situés dans la même partie de la photographie, en haut à gauche et au-dessus de la ligne passant au-dessous du coude du personnage et se terminant sur la fenêtre du rez-de-chaussée, derrière lui.
La composition de cette photographie organisée autour de formes (3 triangles et surfaces parallèles) place le personnage et conduit à son visage et en révèle le regard.
3. Lecture narrative :
Cette image parle d’un homme transportant une carcasse dans un moment où la ville est vide.
4. Fécondité de l’image :
La fécondité de cette photographie mobilise la sensation regardeur face au vide. La dimension du vide est primordiale. Est-ce un matin très tôt, en hiver, est-ce durant le confinement. La fécondité se révèle en résonance avec des événements sociétaux et une sensibilité, une culture personnelle. Qui est ce personnage, un artisan boucher de quartier ?
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