"Toute photographie possède une structure et une organisation qui lui est propre"
Photographie de Janis Jacobs
1. Lecture factuelle :
La photographie est composée de deux images monochromes dans une palette de rouge. Elle est de format rectangulaire, horizontal. L’image de gauche est de plus grand format que l’image de droite. Les 2 images ne sont pas alignées. Sur chaque image est inscrite une phrase en anglais.
Image de gauche :
Une route où l’on distingue deux lignes de signalisation, l’une est sur la droite de l’image, plus à gauche au centre de la route.
Un véhicule circule sur la route.
À gauche de l’image, un ensemble de végétaux forme une haie d’alignement, dense et touffue. À droite, le même type de haie, composée du même type de végétaux, que surplombent des arbres sans feuilles dont on ne distingue pas la base ; des branches sont visibles au-dessus de la haie.
Une barrière en bois longe chacune des haies d’alignement.
Le ciel est uniforme sans aucune trace ou aspérité.
Image de droite :
Un trou d’écoulement dont le cerclage est plus clair que son centre est foncé. On y voit le dispositif intérieur.
Une coulée de liquide sombre y prend naissance et se disperse sur une surface constituée de deux nuances de couleur différente. La partie haute est claire, la partie basse est plus foncée. La partie claire est uniforme, la partie plus sombre présente une succession de petites traces de forme carrée, créant une mosaïque et dessinant des figures linéaires de part et d’autre de l’écoulement. Un second filet, fin, épouse la direction que prend le premier épais, dans son glissement sur la surface dont les contours sont inégaux. Ils sont dans deux nuances distinctes.
Le tracé de la coulée principale fait une courbe.
Sur le bord droit de l’image, un bandeau vertical sombre. Sur le bord gauche de l’image, le même bandeau plus clair. À droite de ce bandeau, un point étincelant en haut de l’image, il se diffuse en une trace lumineuse.
2. Lecture de la dynamique de l’image :
Les formats différents des deux images arrêtent le regard sur l’une puis sur l’autre. Leur rapport de taille permet la circulation de l’une à l’autre puis de les regarder comme une unité. Le haut de l’image de droite est positionné à hauteur du premier tiers de l’image de gauche.
Image de gauche :
Une zone foncée sur le bas de l’image. Cette zone représente un tiers de l’image. Les 2 masses les plus sombres sont de part et d’autre de l’image, elles forment deux diagonales qui dessinent un triangle dans lequel se positionne la route. Une direction est ainsi signifiée. Le sommet est au point où s’interrompent les lignes tracées par les deux haies de végétaux d’alignement.
Découpons l’image à la verticale : dans son premier tiers à droite : des troncs, fins se terminant en branchage sans aucune feuille. Les branches sont légèrement inclinées vers la gauche. Elles forment une surface diffuse et occupent la surface de l’image jusqu’en haut du cadre. Un peu plus loin vers le haut de l’image et, en suivant la ligne haute de la haie, un bouquet plus dense de branchage dont certaines s’élèvent vers le ciel. La forme dessinée par les branches renvoie le regard vers le ciel même si quelques branchages sont inclinés vers la route.
La barrière de bois sur la droite de l’image et la ligne de signalisation dessinent un triangle dont le sommet se situe au point où est le véhicule. Il indique une direction qui accentue celle donnée par le triangle constitué par 2 masses les plus sombres de part et d’autre de l’image.
Le véhicule forme une petite masse rectangulaire au centre de l’image. Il est placé là où les deux lignes de signalétiques ne sont plus visibles. Juste au-dessus de lui, on distingue une masse en forme de dôme ; elle arrête le regard dans la fluidité de la perspective. La ligne imaginaire tracée en se positionnant à gauche du véhicule délimite le tiers gauche de l’image.
Le haut de l’image est occupé par la couleur rosée du ciel.
Le rapport entre la surface de l’image occupée par le ciel et celle occupée par les éléments sépia accentue la place des éléments du premier tiers de l’image découpée à l’horizontal.
Le rapport entre le tiers droit occupé par les branches et les deux autres tiers de l’image délimité par la ligne imaginaire à gauche du véhicule accentue l’espace vide du ciel.
Image de droite :
Le rond et la coulée créent une centralité qui attire le regard. La juxtaposition des deux formes aux côtés imparfaits, claire pour celle du haut et plus sombre pour celle du bas, interagissant et accentuent le rapport avec l’écoulement. Les fines traces qui se dessinent
Le rapport entre les deux bandes verticales à droite et à gauche, une de couleur sombre et l’autre de couleur plus claire, crée un cadre naturel à la coulée. Elles recentrent vers elle.
Les phrases placées au centre au bas de l’image, écrites en lettres minuscules blanches, constituent chacune une ligne d’ancrage du visuel.
3. Lecture narrative :
Ce diptyque parle d’une conversation intime, d’un questionnement personnel, d’introspection.
Les mots de l’image de gauche en situent le contexte : la mort.
Les mots de l’image de droite donnent une réponse.
4. Fécondité de l’image :
Ce diptyque a une forte fécondité en raison de la couleur qui crée une atmosphère où chaque regardeur peut se retrouver face à lui-même, dans ses propres questionnements. Il est de fait très suggestif.
Si la présence des mots éclaire le questionnement de l’auteur, le fait du question/réponse très court n’arrête pas la pensée et autorise les projections et le rebond intime. On en fait d’ailleurs abstraction dans une pause de lecture longue de l’image.
L’usage des formes et la tonalité monochromatique font référence aux formes narratives de la poésie contemporaine caractérisée par un emploi libre des formes, la concision et la puissance évocatrice laissant au lecteur une large part d’interprétation personnelle.
+ L’auteur de la photographie :
Janis Jacobs, série “Era”, 2023.
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