Analyse du potentiel narratif de l’image – Juin 003 : Charlotte Desgrouas

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"Toute photographie possède une structure et une organisation qui lui est propre"

Photographie de Charlotte Desgrouas

1. Lecture factuelle : 

Cette photographie est une photographie rectangulaire, en couleur, au format vertical. 

On voit un visage masculin de profil. Les cheveux sont blancs. Le personnage porte des lunettes à montures foncées. La tête est tournée vers la droite de l’image. Le regard est incliné, son expression est calme et concentrée. 

Autour du visage, on distingue des arbres sans feuilles. Les troncs sont fins, un seul, incliné vers la gauche de l’image, est de diamètre plus large. Les branches sont enchevêtrées les unes aux autres, elles sont de couleur marron clair ou noir. 

Derrière les arbres, apparaissent des masses de formes rectangulaires dans des tonalités de vert, bleu-gris et vert-bleu. leurs contours ne sont pas nets. Elles apparaissent de manière discontinue entre les troncs et sont posées sur un sol clair.  

Le sol est recouvert d’une surface herbeuse. On distingue au bas de l’image des formes jaune clair, beige et ocre. 

Dans la partie inférieure gauche de l’image, on voit une partie d’un dossier de chaise en bois brun de type noyer ou acajou. Le contour supérieur est en arrondi, en forme d’arc. Il est constitué de trois évidements verticaux qui se terminent en arc plein cintre. 

Une large bande noire traverse l’image horizontalement d’un bord à l’autre. Elle est opaque, sans aspérité. Une fine ligne claire longe sa partie supérieure sur presque toute la longueur. 

Au-dessus de ce bandeau, une seconde ligne gris foncé, horizontale, traverse l’image de part et d’autre. On voit un montant vertical, noir. 

Sur la droite de l’image, on voit un mur ocre avec une descente de gouttière grise, deux attaches sont visibles. Sur le même mur, à droite de la descente de gouttière, on distingue une petite partie d’une ouverture et un rebord de fenêtre. 

Devant ce mur ocre, sous l’ouverture se trouve un volume rectangulaire creux, noir. La face avant est sombre et uniforme, la partie supérieure forme une ligne ondulée. Il repose sur un support métallique peint en blanc présentant quelques petites traces de rouille. 

Sous la fenêtre, un bloc de pierre.

2. Lecture de la dynamique de l’image : 

La bande noire divise l’image en deux. Sa largeur et sa disposition lui apportent stabilité. Elle dialogue avec la ligne grise qui lui est supérieure. Au niveau du montant vertical, elle crée un angle plat qui dirige le regard vers le haut de l’image.  

Une ligne verticale imaginaire prolongeant de ce montant vertical  conduit le regard au sommet d’un triangle formé par la masse de végétation verte pâle, claire, située entre deux cônes, dont la base est orientée vers le bas de l’image. 

Ces deux cônes se situent à gauche et à droite de l’image. Celui de droite est délimité par le mur ocre dont l’arête constitue un point d’ancrage et assure la liaison entre le végétal et le bâti.  

Cette arête, la descente de gouttière et le bord visible de l’ouverture dans le mur forment une rythmique verticale, qui s’oppose à la densité des végétaux.

Les formes vertes, vert-bleu créent des zones de ponctuation et participent à l’ouverture et à la profondeur de l’image. Elles dialoguent avec le triangle formé par la végétation vert pâle. 

Une diagonale est créée par le tronc de diamètre moyen. En haut de l’image, elle marque la délimitation entre les deux types de branchages, et se termine dans le coin droit de la photographie, isolant la forme en U inversé adossée à la pierre. Cette forme dialogue avec le visage du personnage. 

Le visage du personnage est isolé dans un cadre constitué de l’arête du mur, de la fine ligne grise qui le traverse juste au niveau de la bouche, laissant apparaître le menton et le nez.  

Les rondeurs du dossier de la chaise conversent avec celles de la pierre et de la forme rectangulaire noire sous la fenêtre. 

La ligne verticale en jaune pâle sur la droite de l’image rejoint l’arête du mur et ramène le regard dans le tiers droit de l’image et met en exergue le visage du personnage. 

Cette photographie est organisée autour d’un rapport entre des masses organiques constituées par le végétal, les branches et leur variété chromatique, en nuances (petites feuilles claires, tombantes à droite de l’image, maillage de branches aux feuilles sèches à gauche de l’image) et des zones géométriques (arête du mur, volume rectangulaire noir, pierre à droite de l’image, arrondi du dossier de la chaise à gauche de l’image et bandeau noir traversant). 

La répétition de verticales à droite de l’image (arête du mur, descente de gouttière, bord de l’ouverture dans le mur) forme une cadence qui stabilise cette partie droite de l’image, non pas en opposition mais en dialogue avec la partie gauche constituée des troncs enchevêtrés. 

La dynamique de l’image repose sur la juxtaposition de zones claires et de zones sombres. 

Le regard circule en boucle et par rebond au sein de l’image dont les composantes visuelles ramènent au visage du personnage.  

Le visage est incrusté dans la masse végétale. Sur la peau, on distingue des lignes très fines correspondant aux branchages. Il flotte dans l’image. 

Sur le large badeau noir, un pont lumineux sur la partie gauche de l’image, à l’aplomb de la première zone verte claire. Le dialogue entre ces deux éléments donne une profondeur à l’image. 

On note dans cette photographie une faible densité des valeurs, des tons et des couleurs qui créent un va-et-vient entre les éléments visuels.

L'image est constituée de chevauchements d'éléments graphiques.

3. Lecture narrative : 

Cette photographie montre le reflet d’un homme immobile, immobile, serein, absorbé par ce qu’il vit. 

4. Fécondité de l’image : 

Cette photographie évoque une présence au monde, le retrait, l’introspection, le retour à soi, une expérience intérieure, un espace de contemplation, un déplacement, une intériorité.  Elle parle de frontière, de liens, de limites, du trouble qui conduit à ce qu’elle évoque. 


 

+ L’auteur de la photographie :

Charlotte Desgrouas - @fraizzze13